Mai l'age lou pu bèu ount t'an visto risènto,

Fuguè quand ta vesino alor esbléugissènto,

Pèr lis oste rouman que vouguè recata,

Espouquè sus toun front sa lusènto clarta.

Dou tèms qu'enebria de doucis ambrousio

Petrarco en Avignoun clamè sa pouësio,

E quouro de Bourdèus, vers toun roucas vesin

Venié de s'asseta lou papo Clemènt cinq.

L'auteur a ajouté les notes suivantes :

       « Pèr lis oste rouman » : Rome était en proie à la révolution quand les papes qui possédaient des terres dans le Comtat Venaissin, vinrent s'établir à Avignon en 1309. Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, et originaire d'une noble famille de Gascogne, fut le premier qui y siégea sous le nom de Clément V. Il mourut à Roquemaure en 1314. Ses successeurs firent construire le superbe palais qui est l'orgueil d'Avignon et de la France, on y travailla durant l'espace de 34 années.

       « Sa lusènto clarta » : En 1327, le cardinal Etienne Aubert évêque d'Ostie, et plus tard (1352), pape sous le nom d'Innocent VI, fit élever un palais sur le penchant de la montagne Andaon. La chapelle en est encore bien conservée. Elle était remarquable par ses peintures à fresques (classée, monument historique depuis 1873). Ce fut dans ces parages qu'en 1356, ce pape fonda la Chartreuse, (mort à Avignon en 1362).

       Le cardinal Arnaud de Via, neveu du pape Jean XXII fonda le chapitre de Notre-Dame et fit construire une superbe église qui fut consacrée en 1333, (église paroissiale depuis 1791).

       Le cardinal de Monterac, évêque de Pampelune et neveu d'Innocent VI pour assurer la fondation qu'avait faite son oncle, donna à la Chartreuse des maisons qu'il possédait à Avignon, et 3300 florins d'or pour acquérir la grange de Valergues (Grande-Bastide) ainsi que ses dépendances (1369) et d'autres revenus en blé, vin, etc. Il remit aussi aux chartreux une autre somme de florins d'or pour acheter de nouvelles terres, et les fit héritiers après sa mort (1385) pour le tiers de sa grande fortune. Aussi la Chartreuse le considéra-t-elle comme son second fondateur.

       D'autres cardianux firent aussi de nombreux legs à la Chartreuse. C'est ainsi que le cardinal Aubert, lui laissa mille florins d'or pour être convertis en redevance de blé dont la moitié pour le monastère et l'autre moitié pour être distribuée chaque année aux pauvres. Ce cardinal, autre neveu d'Innocent VI, consigna que cette aumône serait distribuée par le prieur, intentionnellement pour le repos de l'âme de son oncle et de la sienne. Il choisit sa sépulture dans le milieu du choeur de leur église.

       Le cardinal Etienne Aubert évêque de Carcassonne se fit un honneur de mériter par ses largesses le titre de bienfaiteur insigne de la Chartreuse. Un incendie ayant réduit en cendres le palais d'Innocent VI, il voulut en cet endroit, et avec l'agrément du général du chapitre, y faire construire de nouvelles cellules pour autant de religieux qu'on y en comptait déjà (une vingtaine). Il y avait employé 1364 florins, lorsqu'il se vit obligé d'accompagner Urbain V en Italie où il mourut (1363).

       Le cardinal Guy de Bologne, nonce en Espagne, qui consacra l'église et qui mourut à Lérida le 27 novembre 1374, fit aussi de grandes largesses à la Chartreuse; nous en dirons autant du cardinal Jean de Neufchâtel, évêque de Tulle, mort en 1398, du cardinal d'Amiens (Jean de la Grange) qui mourut à Avignon le 24 Avril 1402.

       Enfin [...] le nombre des cardinaux et de tant de saints personnages y devint si grand à Villeneuve, qu'Innocent VI se plaisait à l'appeler la Vallée de Bénédiction.

       Relativement à cette époque, voici comment Monseigneur Plantier, évêque de Nîmes s'exprimait, lors des fêtes qui eurent lieu pour l'inauguration de notre musée municipal en 1868 : « La splendeur nouvelle dont Avignon subissait l'éclat, traversa le Rhône, même dès les premiers temps, et ceignit le front de Villeneuve encore obscur, d'une auréole aussi brillante qu'inouïe ».

       « Petrarco en Avignoun » : C'est à cette époque que Pétrarque poète italien (1304-1374) vint à Avignon. Ce nom évoque par le souvenir d'admirables poésies, d'exquis sonnets d'amour, le nom de celle qui fut la Muse inspiratrice du poète, la belle Laure de Noves, épouse du marquis de Sade.